Les lésions osseuses (fractures) sont rares chez les coureurs à pied. Néanmoins, les plus fréquentes sont les fractures de fatigue et les périostites.
1 Les fractures de fatigue
Les fractures de fatigue sont des cassures osseuses arrivant suite à
des petits chocs. Etant donné que la cause est uniquement les forces
importantes appliquées sur l'os, le terme fracture de contraintes
serait plus approprié.
Toutes les situations provoquant un accroissement des contraintes mécaniques
(augmentation de la charge d'entraînement, sol dur, chaussures trop
usées
) favorisent la survenue de ces pathologies.
L'ossature des segments inférieurs peut être touchée
dans son ensemble, mais le plus souvent, les fractures de fatigue se produisent
au niveau du tibia, des os des orteils (métatarsiens) et du col du
fémur.
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Fracture
de fatigue localisée au niveau du tibia (vue par scintigraphie).
En 1 mois et demi, une périostite a évolué en fracture de fatigue. L'athlète ayant développé cette pathologie s'entraînait 5 à 6 fois par semaine (environ 50 km/sem). - F : zone de fracture - Ge AD : genou avant droit - Che AD : cheville avant droite |
Au début, le sportif se plaint d'une
petite douleur à l'effort peu intense avec des signes locaux discrets
comme un léger dème mais surtout une douleur à
la palpation précise de la zone atteinte. Petit à petit les
douleurs deviennent permanentes. Le trait de fracture n'apparaît que
10 à 15 jours après la douleur initiale et peut être
difficile à repérer sur les radiographies. Une scintigraphie
ou le scanner permettent de confirmer le diagnostic.
>> Le traitement passe, bien évidemment, par le repos
complet (ou partiel), avec ou sans plâtre. La période d'inactivité
peut durer de 1 mois à plus de 3 mois suivant la localisation et
la gravité de la pathologie. Dans certains cas, il nécessite
d'avoir recours à la chirurgie.
2 La périostite
Voilà une pathologie qui embête un nombre incroyable de sportifs.
La périostite est une inflammation de la membrane de l'os, le périoste.
Nous ne savons pas bien si cette inflammation est secondaire à des
phénomènes de tractions musculaires, de vibrations ou d'adaptation
de l'os à l'effort.
L'athlète ressent une douleur à l'intérieur du tibia.
Contrairement à la fracture de fatigue qui est douloureuse en un
point précis, la zone de douleur est ici diffuse ; elle se situe
sur plusieurs centimètres.
Souvent, la douleur est ressentie pendant les accélérations
et décélérations. Elle s'atténue pendant l'effort
mais se ressent de manière très marquée dès
qu'il prend fin. La diminution de la douleur lors du maintien d'une vitesse
élevée s'expliquerait par le fait que dans ces conditions
l'appui au sol serait plus dynamique impliquant davantage les structures
musculaires et moins les structures osseuses (moins de vibrations). Les
périodes de relâchement seraient plus marquées.
Quoi qu'il en soit, le caractère insupportable de la périostite
peut contraindre à l'arrêt de l'activité. Le principal
risque de la poursuite de l'activité est de s'en dégoûter
tant la douleur peut être vive.
Cette pathologie peut s'atténuer en quelques mois ou durer plusieurs
années avec des phases aiguës et des moments de rémission.
Le plus souvent, elle disparaît aussi mystérieusement qu'elle
est survenue.
>> Les traitements classiques sont à base de glaçage,
d'anti-inflammatoires. L'athlète gagnera à éviter les
sols durs, les chocs importants provoqués par les bondissements,
la course en descente
.
Par expérience, nous avons pu remarquer que les étirements
de la loge interne du tibia (étirements à base de rotation
externe du pied) soulageaient considérablement la douleur liée
à cette pathologie.
Conclusion sur les blessures
Les pathologies liées au fonctionnement de notre appareil locomoteur
sont nombreuses, certaines plus graves que d'autres.
Dans de nombreux cas, ces blessures ne surviennent pas par hasard. Elles
sont certes dues à notre activité physique mais surtout à
la conduite de celle-ci.
Un entraînement bien conduit (programmation des séances, place
des étirements, périodes de repos
), une hygiène
de vie adaptée sont les éléments essentiels permettant
de minimiser le risque d'apparition de blessures.
Quand une blessure survient, l'objectif pour l'athlète est de se guérir le plus rapidement possible. La guérison passe par une prise en compte de la douleur ressentie. Souvent, elle suppose une période de repos qui bien que difficile à accepter pour un passionné s'avère primordiale pour la suite de la pratique.
Enfin, la baisse du risque de rechute passe
par la compréhension de la ou des causes de la blessure. Le pluriel
de "causes" se justifie par le fait que très souvent la
blessure n'a pas une origine mais plusieurs. De nombreux facteurs s'imbriquent
pouvant favoriser ou limiter la probabilité de blessure. Par exemple,
il est évident que si vous : buvez peu, mangez beaucoup de viande
et de sucres, courez avec des chaussures usées tout en ayant une
surcharge corporelle, vous avez de fortes chances de développer une
tendinite.
C'est à toutes ces causes que nous devons penser si nous voulons
favoriser la guérison. Ne s'attacher qu'au traitement des conséquences
signifie sûrement replonger rapidement dans les tourments de la blessure.
Terminons en rappelant que si notre organisme nous envoie des signaux de douleurs, c'est qu'il exprime un problème. Dans ce cas, il est peut être plus sage de s'arrêter quelques jours et se soigner, plutôt que croire que cela va passer et se retrouver immobilisé pour plusieurs semaines. Notre responsabilité commence dès les premiers symptômes.
N'étant pas spécialistes des
blessures, nous nous sommes principalement appuyés sur deux documents
pour réaliser ce chapitre.
1 VO2 Hors-série n° 2 : Pour courir sans fatigue et sans blessures.
2 Fredericson M. Common injuries in runners. Sports Med. 1996 ; 21 (1) 49-72.
Le deuxième document est une revue de
littérature scientifique très documentée sur les blessures
les plus communes du coureur. Cet article publié en anglais dans
la revue Sports Medicine (1996) est réalisé par Michael Fredericson.
Le premier document est un numéro spécial du magazine VO2.
Il traite de la fatigue en général et des blessures en particulier.
Il rassemble les expériences d'hommes de terrains (médecins
sportifs, entraîneurs). Les propos sont clairs et précis. Les
quelques approximations portant notamment sur les causes des désordres
musculaires sont largement compensées par la densité et la
pertinence des observations.
Azemar G. La crampe du sportif. Médecine
du Sport 1979 ; 3 : 153-161.
Bernard J. Pathologie d'adaptation de
l'os à l'effort : douleurs osseuses d'effort et fractures de fatigue.
Encycl. Méd. Chir (Paris), appareil locomoteur, 15904 A 10 4, 1988.
Fredericson M. Common injuries in runners.
Sports Med. 1996 ; 21 (1) 49-72.
Hess GP, Cappiello WL, Poole RM, Hunter
SC. Prevention and treatment of overuse tendon injuries. Sports Med. 1989
; 8(6) : 371-384.
Rochcongar P, Pernes J, Carré F, Chaperon J. Incidence des traumatismes
liés à la course à pied. Résultats d'un enquête
auprès de 1153 coureurs. Science et Sports 1995 ; 10 : 15-19.
VO2 Hors-série n° 2 : Pour
courir sans fatigue et sans blessures.